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336 m³/s d'ordinaire | 1 524 en février 1910 | 69 en juillet 2026

Les crues de la Seine

Cent vingt-six ans de mesures au pont d'Austerlitz, et deux records qui se sont inscrits à un siècle d'écart, dans les deux sens.

Mis à jour le

La Seine en ce moment. Elle est à 0,93 mètre à l'échelle du pont d'Austerlitz, pour un débit de 67 m³/s. Relevé du 25/08 à 21h00, heure de Paris. Le débit ordinaire du fleuve à Paris est de 336 m³/s : la Seine coule donc en ce moment à moins d'un quart de son régime habituel.

La Seine porte à Paris une échelle de référence, celle du pont d'Austerlitz, et une station de mesure qui relève son débit depuis 1900. Sur les 1 498 mois relevés, la crue de 1910 domine le classement des débits, comme on s'y attend. Le bas du tableau, lui, a bougé cet été.

336 m³/s, le débit ordinaire de la Seine à Paris
8,62 m la crue de janvier 1910, jamais égalée
69 m³/s en juillet 2026, le plus bas depuis 1900

La mesure se fait au pont d'Austerlitz

Toute la ville regarde le Zouave du pont de l'Alma, cette statue de pierre dont les pieds, puis les genoux, puis les cuisses disparaissent quand le fleuve monte. C'est un repère populaire commode, que personne ne relève officiellement.

Le Zouave a déménagé. Le pont de l'Alma d'origine, celui de 1856, a été démoli et reconstruit, le nouvel ouvrage étant achevé en 1974. La statue a été déposée puis remontée, et elle ne se trouve plus exactement à la hauteur qu'elle occupait en 1910. Comparer une photo d'aujourd'hui à une carte postale d'époque ne dit donc rien de rigoureux sur la hauteur de l'eau. Le repère officiel de Paris est ailleurs : c'est l'échelle du pont d'Austerlitz, dans le 13e, et c'est celle que citent Vigicrues et la préfecture.

La station d'Austerlitz mesure deux choses différentes, qu'il ne faut pas confondre. La hauteur, en mètres sur son échelle, décide de ce qui ferme, et elle dépend de la géométrie du lit à cet endroit précis. Le débit, en mètres cubes par seconde, mesure le volume que le fleuve transporte. Une même hauteur ne correspond pas au même débit à un siècle d'écart, parce que le lit et les ouvrages ont changé. Les mois sont donc classés par débit ci-dessous, et les hauteurs célèbres données à part.

Les mois où la Seine a été la plus grosse

Hub'Eau, API hydrométrie du Système d'information sur l'eau, qui diffuse les mesures de Vigicrues et des DREAL. Débits moyens mensuels relevés le 25 août 2026. QmM est un débit moyen sur le mois entier. Le pic d'une crue dure deux à trois jours : il est lissé par la moyenne. Classer des mois n'est donc pas classer des crues.
RangMoisDébit moyenPar rapport à l'ordinaire
1 février 1910 1 524 m³/s 4,5 fois
2 février 1945 1 402 m³/s 4,2 fois
3 janvier 1982 1 332 m³/s 4,0 fois
4 janvier 1959 1 327 m³/s 3,9 fois
5 février 1941 1 308 m³/s 3,9 fois
6 janvier 1910 1 299 m³/s 3,9 fois
7 janvier 1920 1 297 m³/s 3,9 fois
8 janvier 1924 1 293 m³/s 3,8 fois
9 janvier 1968 1 287 m³/s 3,8 fois
10 novembre 1939 1 268 m³/s 3,8 fois

Février 1910 domine, avec 1 524 m³/s de moyenne sur le mois entier, soit 4,5 fois le régime ordinaire. C'est une moyenne sur vingt-huit jours, et non la valeur d'un pic. Le pic, lui, est passé le 28 janvier, et il a laissé sa marque sur les murs de la ville sous la forme de repères de crue gravés que l'on croise encore, notamment au flanc de la gare d'Austerlitz et rue Surcouf.

Neuf des dix mois les plus abondants sont des mois de décembre à février. La Seine ne déborde pas parce qu'il pleut fort, elle déborde parce qu'il pleut longtemps sur un bassin de soixante-dix mille kilomètres carrés déjà saturé. La pluie parisienne n'y est presque pour rien, tout se joue sur ce qui tombe en Bourgogne, en Champagne et dans le Morvan pendant six semaines.

C'est aussi pourquoi une prévision météo parisienne ne dit rien du niveau du fleuve, puisqu'elle décrit dix kilomètres de ville quand la crue se joue sur soixante-dix mille kilomètres carrés en amont. La neige compte davantage que la pluie dans ce calcul, parce qu'elle stocke l'eau plusieurs semaines avant de la rendre d'un coup au dégel.

Les hauteurs que tout le monde cite

Les hauteurs des grandes crues sont les valeurs de référence publiées pour l'échelle d'Austerlitz. Elles ne viennent pas de Hub'Eau, qui ne sert pas d'historique de hauteurs. La colonne de droite donne le débit moyen du mois correspondant, lui mesuré, pour situer chaque épisode dans la série longue.
CrueHauteur à AusterlitzDébit moyen du moisRang du mois sur 1 498
28 janvier 1910 8,62 m 1 299 m³/s 6e
janvier 1955 7,12 m 1 135 m³/s 21e
janvier 1982 6,18 m 1 332 m³/s 3e
3 juin 2016 6,10 m 1 006 m³/s 39e
29 janvier 2018 5,88 m 1 223 m³/s 14e
5 février 2021 5,21 m 978 m³/s 44e

Janvier 1982 a charrié plus d'eau que janvier 1910, avec 1 332 m³/s de moyenne contre 1 299, soit le 3e rang de la série contre le 6e. Et pourtant l'eau y est restée 2,44 mètres plus bas. Trois raisons à cela. Les quatre lacs-réservoirs de l'amont existaient en 1982 et pas en 1910 ; le lit du fleuve et ses ouvrages ont été repris entre-temps ; et surtout, une moyenne mensuelle ne dit rien de la brutalité d'un pic. Janvier 1910 a concentré son eau sur une poignée de jours, ce que le mois entier dilue.

Aucune crue depuis 1910 n'a approché 1910. La deuxième du classement, janvier 1955, reste un mètre et demi en dessous. Les deux crues que les Parisiens d'aujourd'hui ont vécues, juin 2016 et janvier 2018, sont impressionnantes à l'œil mais moyennes dans la série, et leurs mois ne figurent pas dans les dix plus abondants. Une crue de six mètres ferme la moitié des berges et fait le tour du monde en photos. Elle reste, hydrologiquement, un épisode ordinaire.

L'ordre des fermetures quand l'eau monte

Une crue à Paris grignote la ville par le bas, palier après palier. Les choses s'arrêtent dans cet ordre, du plus tôt au plus tard.

Vers 3,20 mLes voies sur berges et les promenades des quais bas sont évacuées puis fermées. C'est le premier signe visible, et il se produit plusieurs fois par hiver sans que personne n'y prête attention.
Vers 3,50 mLa navigation de passagers s'interrompt : les bateaux ne passent plus sous les ponts, faute de tirant d'air. Les péniches à quai remontent leurs passerelles.
Vers 4,30 mLes ports fluviaux et les installations de chantier des quais sont mis à l'abri. Le trafic de marchandises sur le fleuve s'arrête, ce qui reporte des milliers de tonnes sur la route.
Vers 5,50 mLe tronçon souterrain du RER C qui longe la rive gauche, entre Austerlitz et Javel, est fermé par précaution. C'est le seuil qui se voit dans les transports, et il a été atteint en 2016 comme en 2018.
Au-delà de 6 mLes sous-sols des institutions riveraines sont vidés, et les musées du bord de Seine appliquent leur plan de sauvegarde des œuvres. C'est le stade où la crue devient une opération, avec des semaines de préparation en amont.
Ces seuils sont des ordres de grandeur. Ils décrivent la mécanique habituelle d'une crue parisienne et non un règlement : la décision revient à la préfecture de police, à la Ville et aux exploitants, au cas par cas. Pour une crue en cours, c'est le bulletin de Vigicrues et les consignes de la préfecture qui font foi, et eux seuls.

Ce qui protège Paris aujourd'hui se trouve à deux cents kilomètres de ses quais. Quatre grands lacs-réservoirs ont été construits en amont entre 1949 et 1990, sur la Seine, la Marne, l'Aube et l'Yonne. Ils stockent l'eau des crues d'hiver et la restituent l'été. Ils écrêtent une crue de quelques dizaines de centimètres, ce qui suffit à changer beaucoup de choses aux paliers ci-dessus, mais pas à effacer une crue de type 1910.

La Seine a une saison haute et une saison basse

Le fleuve suit un cycle très marqué, décalé sur celui de la pluie parisienne. Il monte quand la nappe est pleine, plusieurs semaines après les pluies qui l'ont remplie.

Débit moyen de chaque mois calendaire, calculé sur l'ensemble des mois de la série 1900 à 2026. Source : Hub'Eau, station du pont d'Austerlitz.
MoisDébit moyenPar rapport à l'ordinaire
Janvier 578 m³/s 1,72 fois
Février 598 m³/s 1,78 fois
Mars 519 m³/s 1,54 fois
Avril 415 m³/s 1,23 fois
Mai 311 m³/s 0,93 fois
Juin 212 m³/s 0,63 fois
Juillet 173 m³/s 0,51 fois
Août 151 m³/s 0,45 fois
Septembre 157 m³/s 0,47 fois
Octobre 192 m³/s 0,57 fois
Novembre 296 m³/s 0,88 fois
Décembre 427 m³/s 1,27 fois

De août à février, le débit est multiplié par 4,0. C'est un fleuve qui change de taille selon la saison, et c'est pourquoi une même hauteur d'eau ne veut pas dire la même chose en août et en février.

Débit moyen annuel de la Seine à Paris, 1906 à 2025 Le débit moyen annuel de la Seine au pont d'Austerlitz oscille entre environ 130 et 600 mètres cubes par seconde selon les années, autour d'une moyenne de 336. La série ne montre pas de tendance nette : les années sèches et les années abondantes alternent sur toute la période. 0 200 400 600 800 1920 1940 1960 1980 2000 2020 Mètres cubes par seconde
Hub'Eau, API hydrométrie du Système d'information sur l'eau, qui diffuse les mesures de Vigicrues et des DREAL. Débits moyens mensuels relevés le 25 août 2026. Seules les 109 années dont les douze mois sont relevés sont tracées : une année incomplète composée de trois mois d'hiver ressortirait sinon comme une année de crue.
Voir les chiffres du graphique
AnnéeMètres cubes par seconde
2025312
2024529
2023272
2022211
2021366
2020320
2019246
2018461
2017223
2016402
2015295
2014326
2013522
2012299
2011225
2010264
2009190
2008342
2007291
2005205
2004243
2003250
2002369
2001526
2000446
1999387
1998302
1997239
1996216
1995435
1994406
1993227
1992201
1991209
1990180
1988509
1987438
1986378
1985327
1984403
1983477
1982453
1981526
1980384
1979454
1978445
1977398
1976200
1975316
1972188
1971160
1970426
1969289
1968418
1967277
1964173
1963204
1962315
1961298
1960276
1959310
1958476
1957261
1956273
1955351
1954175
1953236
1952466
1951364
1950260
1949194
1948291
1947209
1945276
1944312
1943215
1941447
1940439
1939494
1938215
1937400
1936352
1935369
1934219
1933197
1932321
1931509
1930530
1928419
1927381
1926444
1925383
1924451
1923456
1922360
1921141
1920389
1919555
1918362
1917415
1916524
1915393
1914433
1913447
1912368
1910784
1909327
1907334
1906336

Les six étiages les plus bas de la série

Le bas du classement vient de changer.

Les six mois de plus faible débit moyen des 1 498 relevés depuis 1900. Source : Hub'Eau, station du pont d'Austerlitz.
RangMoisDébit moyenPart de l'ordinaire
1 juillet 2026 69 m³/s 21 %
2 octobre 2003 86 m³/s 26 %
3 septembre 1991 87 m³/s 26 %
4 août 1993 89 m³/s 26 %
5 octobre 1943 90 m³/s 27 %
6 juillet 1943 90 m³/s 27 %

Juillet 2026 est le mois le plus maigre de toute la série. Ses 69 m³/s de moyenne sont 20 % en dessous du précédent minimum, octobre 2003, et représentent 40 % de ce que donne un mois de juillet ordinaire. Battre un record d'étiage de vingt pour cent d'un coup est aussi inhabituel que de battre un record de chaleur de quatre degrés, ce qui est arrivé au même endroit le mois précédent, comme le raconte la page des températures.

Un étiage sévère n'inonde rien et pose pourtant trois problèmes concrets. La navigation commerciale doit alléger ses chargements, faute de tirant d'eau. Les rejets urbains se diluent dans moins d'eau, ce qui dégrade la qualité du fleuve au moment précis où l'on voudrait s'y baigner. Et une eau moins abondante se réchauffe plus vite, ce qui gêne le refroidissement des installations riveraines et fait souffrir les poissons. Les grands lacs-réservoirs de l'amont servent aussi à cela, en relâchant l'été ce qu'ils ont retenu l'hiver.

Questions fréquentes

Quelle a été la plus grande crue de la Seine à Paris ?

Celle de janvier 1910, qui a culminé à 8,62 mètres à l'échelle du pont d'Austerlitz le 28 janvier. Les débits mesurés le confirment, février 1910 restant le mois le plus abondant des 1 498 mois relevés depuis 1900, avec 1 524 m³/s de moyenne, soit quatre fois et demie le débit ordinaire du fleuve.

À quelle hauteur la Seine est-elle en crue à Paris ?

Le fleuve tient dans son lit jusque vers 3,20 mètres à l'échelle d'Austerlitz. Au-delà, les voies sur berges ferment, puis les ports, puis les quais bas. Le seuil qui marque une crue majeure est celui de 1910, à 8,62 mètres, et aucune crue depuis n'a dépassé 7,12 mètres, atteints en janvier 1955.

Que ferme une crue de la Seine à Paris ?

Dans l'ordre où l'eau monte : les voies sur berges et les promenades des quais bas, la navigation des bateaux de passagers quand le tirant d'air sous les ponts devient insuffisant, les ports de plaisance, puis le tronçon souterrain du RER C qui longe la rive gauche entre Austerlitz et Javel. Le métro, lui, n'est concerné qu'aux stations proches du fleuve.

Le Zouave du pont de l'Alma sert-il vraiment de repère ?

Il sert de repère populaire, pas de repère officiel. La statue a été déplacée et remontée lors de la reconstruction du pont, achevée en 1974, et ne se trouve plus à la hauteur qu'elle occupait en 1910. Comparer une photo d'aujourd'hui à une photo d'époque n'a donc aucune valeur de mesure. Le repère officiel est l'échelle du pont d'Austerlitz.

La Seine peut-elle être trop basse ?

Oui, et cela vient d'arriver. Juillet 2026 est le mois le plus maigre des 1 498 relevés depuis 1900, avec 69 m³/s de moyenne, contre 173 pour un mois de juillet ordinaire. Le précédent minimum, octobre 2003, était de 86 m³/s. Un étiage sévère gêne la navigation commerciale, concentre les rejets et réchauffe l'eau.